Big bang et Beson de Higgs

« Celui qui reconnaît qu’il ne peut voir derrière le rideau, n’a pas le droit d’affirmer qu’il ne s’y trouve rien» (Hans Küng).

Pour Galilée, Newton et même Einstein jusqu’en 1917, le cosmos était statique et immuable. Ironie de la science, c’est un prêtre belge, Georges Lemaitre qui avec l’américain Edwin Hubble va révolutionner l’appréhension de l’univers, en concluant que celui-ci est en expansion. A l’image d’un cake aux raisins gonflant dans un four, l’expansion de la pâte (espace) entraîne celle des raisins (galaxies). Lemaitre en déduira que l’univers a une origine et un passé, même très lointains.

Alors que la religion donnait à l’univers un début mais pas d’his- toire (monde immuable), et la science ni début ni histoire, l’uni- vers acquiert avec la théorie du « Big Bang » une date de nais- sance et une histoire. Pour autant, le « Big Bang » ne peut être assimilé au Fiat Lux de la genèse puisque la physique quantique a anéanti le mythe d’un instant zéro, créateur de tout, à partir de rien. Toute « origine » n’est in fine qu’une étape à partir d’un état antérieur qui jamais n’aurait été le néant.

Matière – Antimatière

Né il y a 13,7 milliards d’années, notre univers serait ainsi le fruit de l’explosion inouïe d’un objet de la taille d’une pièce de monnaie ayant atteint un point de densité maximale puis d’un épanchement de matière dans le vide, laquelle en se refroidissant a donné naissance aux particules élémentaires. Simultanément est apparue l’antimatière, sœur jumelle aux charges électriques opposées, produite en quantité égale, mais aujourd’hui disparue, sans que personne ne sache encore expliquer pourquoi. C’est l’un des mystères avec celui de la matière noire, que le détecteur de rayons cosmiques AMS (mis en orbite par la dernière navette spatiale américaine pour 10 ans) a pour ambition d’éclaircir.

Superforce

Avant ce big bang, la matière et l’énergie ne se distinguaient pas : les quatre forces fondamentales (interactions forte, faible, élec- tromagnétique et gravitationnelle) n’en faisaient qu’une, la super- force. Pour reconstituer ce plasma originel et recréer les conditions de l’univers et des millièmes de secondes qui suivirent le big bang, le CERN* a conçu le L.H.C, le plus grand accélérateur de particules au monde situé sous la frontière franco-suisse. C’est un anneau de 27 km de circonférence, enfoui 10 m sous terre, au sein duquel a déjà été réalisée une première expérience « Alice » en septembre 2007 visant à simuler, à échelle réduite, les phénomènes à l’ori- gine du cosmos, en faisant entrer en collision à vitesse fulgurante des noyaux d’atomes de plomb (constitués de protons et neutrons, eux-mêmes formés de quarks et gluons en assurant la cohésion).

Le L.H.C a aussi pour ambition de tenter de débusquer le fameux boson de Higgs, du nom de son physicien prophète qui a imaginé dès 1964 cette particule mythique qui serait à l’origine de la masse de toutes les autres et donc de l’univers. Cette expérience dénommée « Atlas » a eu lieu avec succès le 30 mars 2010 et l’analyse de ses résultats est attendue avec une impatiente curiosité. Aussi auda- cieux que le projet Apollo en matière aérospatiale, le L.H.C est un véritable projet de l’humanité, de nature à tester les théories sur l’in- finiment petit et ainsi valider ou non des spéculations déjà en cours chez les philosophes Ioniens ou les Eléates de la Grèce antique. n

* CERN : Organisation européenne pour la recherche nucléaire.

Jacques Varoclier

Avocat à la Cour